Performances énergétiques La PEB et les tendances énergétiques dans la construction

La Performance Énergétique des Bâtiments est incontournable depuis sa mise en vigueur, en 2010. Quels en sont les enjeux face aux défis énergétiques qui nous attendent à l’horizon 2021 ? Petit tour d’horizon avec Nicolas Csik, architecte et certificateur PEB.

Quel est votre rôle exact dans le processus de construction ?

Dans le cadre de leurs constructions, les clients doivent introduire une demande de permis qui doit être assortie de la performance énergétique du bâtiment. Mon rôle est de valider l’ensemble du projet en fonction du cahier des charges et de la réglementation. En pratique, j’établis le document initial sur base des données fournies par Etienne Piron. Puis, j’effectue des contrôles à des moments-clés du chantier. Ensuite, je rédige la déclaration finale. J’accompagne aussi l’entreprise de manière continue pour l’application des dernières exigences en la matière.

Quelles sont les exigences actuelles ?

La norme actuelle est de ne pas dépasser les 115 kilowatts/h par an et par mètre carré. Au 1er janvier 2021, cette norme sera réduite à 85. Cela fait référence à un engagement pris par la Région Wallonne : en 2050, l’ensemble du parc immobilier wallon devra être labellisé d'une PEB "A".

Dans ses constructions, Etienne Piron anticipe et vise d’emblée ce A. Il prend le temps d’analyser la déclaration initiale et de faire en sorte que sa mise en oeuvre y réponde.

Un exemple ?

La mesure d’étanchéité à l’air du bâtiment via les parois n’est pas encore réglementée. Hors, moins un bâtiment est étanche, moins il est performant. Etienne Piron s’engage d’emblée sur une valeur limite qui est déjà très performante. Ce n’est pas encore le niveau des maisons passive mais presque. Je n’ai donc aucun scrupule à attester de leur maîtrise car ils s’inscrivent dans cette démarche, dans un continuum de réflexion.

En terme d'innovations, quelles sont les grandes tendances actuelles ?

Les innovations en matière d’enveloppe du bâtiment sont nombreuses. Le bois reconstitué qui permet une portée plus importante est intéressante pour l’ossature bois. On voit apparaître des aciers qui permettent de stocker l’énergie ou du béton transparent qui laisse filtrer la lumière. Mais il s’agit de matériaux de pointe qui sont plutôt destinés à des bâtiments d’exception et ne sont pas encore applicables pour le résidentiel.

Et en terme de chauffage ?

Pour moi, c’est exactement comme pour les voitures : puisque nous devons, pour 2050, "décarboner" nos productions énergétiques , il va falloir abandonner les énergies fossiles. Passer à l’électrique : la seule alternative actuelle possible. Elle pose aussi des problèmes de production. Je pense que cette filière doit encore s’améliorer et évoluer pour proposer une solution acceptable.

Concrètement, que préconisez-vous ?

C’est au cas par cas. Ce qui génère la chaleur n’est pas le plus important. Ce qui est important est de prévoir l’émission de chaleur la plus basse possible. Le fait d’avoir un plancher chauffant est plutôt positif puisqu’outre le gain de place, la chaleur est uniforme et bien répartie. On doit penser le générateur de chaleur comme un élément modifiable à moyen terme.

Quelle est l'incidence de la PEB sur la pérennité de la maison ?

Les critères d’aération, les ponts thermiques… sont importants. La non-maîtrise de ces paramètres peut notamment entraîner une dégradation des finitions. Une entreprise comme Etienne Piron, consciente des problèmes que cela peut engendrer, a l’intelligence de ne pas prendre cette thématique à la légère. Cela va à l’encontre de leur philosophie qui vise justement la qualité et la pérennité de leurs constructions.

Quel est l'élément primordial lorsque vous collaborez avec un constructeur ?

Il est important d’installer une communication continue avec le constructeur. L’entreprise Etienne Piron et moi-même collaborons en ce sens. C’est l’unique façon d’être performant sur la PEB. En fin de chantier, il peut arriver que le calcul initial soit majoré. Il faut savoir que si l’on constate un dépassement, le maître d’ouvrage peut être soumis à une amende qui peut grimper jusqu’à plus de 25.000 €.

La question qui fâche...

Sincérement, la PEB s'inscrit-elle dans la philosophie de la construction éco-responsable ?

Elle pourrait. Tout dépend de ce que l’on entend par éco-responsable. C’est un mot qui est mis à toutes les sauces. Toute une série de nuances l’en empêche et n’est pas prise en considération. Prenons l’exemple du polyuréthane qui est aujourd’hui l’isolant le plus performant et donc le plus utilisé. On sait que ce matériau vient du pétrole, il n’est donc pas éco-responsable. Mais il n’est actuellement pas visé par les normes PEB.

C’est un bon début par rapport à ce qui se faisait avant mais il faut être honnête : ça ne donne pas encore tous les bons indicateurs.

Maison passive ?

Effet de mode ? Réalité nécessaire ? Beaucoup de candidats bâtisseurs ont l’intention de se diriger aujourd’hui vers une maison passive. Plus on s’oriente vers le passif, plus les contraintes sont élevées et plus c’est onéreux.

Et sur ce plan, Nicolas Csik ne nous démentira pas : « toutes ces normes - même dans le cas de la PEB - ont un coût. Dans le cas du passif, cela représente 20% supplémentaires. De plus, le choix de cette technique a un impact sur la créativité : pour être optimale, une construction passive doit être la plus compacte possible. Cela modifie la taille des pièces, la surface des vitres, etc. Il faut faire en sorte de trouver des solutions pour conserver les qualités architecturales du bâtiment. Selon moi, le passif est encore trop cher. Le problème, c’est qu’on réfléchit souvent en consommation théorique mais tout va dépendre de la manière dont les personnes vivent dans leur maison. Les performances visées par le label A pour 2021 me paraissent plus pertinentes ».

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